Le choc ! Une histoire terrifiante

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Ma plus terrifiante expérience...

Octobre 1999. J’étais alors responsable d’antenne Mission Locale dans un quartier, et je recevais quotidiennement des jeunes en difficultés d’insertion. Habitué à accompagner des publics assez « turbulents », et très exigents, j’ai été particulièrement surpris par le calme et la gentillesse de ce jeune homme récemment inscrit. Nos entretiens se déroulaient dans la plus grande intelligence, avec une volonté affirmée de trouver un emploi, ou une formation.

Sid Ahmed a tout juste 20 ans.

Il est attiré par les métiers du relationnel, de la vente, de l’accueil, et au premier abord je trouve ses aspirations assez cohérentes avec sa personnalité. Nous engageons donc une série d’entretiens pour l’accompagner dans la réalisation de son projet. Mes propositions de démarches sont suivies d’effets et Sid Ahmed montre un sérieux, une assiduité, et une ponctualité hors du commun (J’y étais peu habitué sur ce site d’accueil !). Inscription en agence d’intérim, rdv à l’AFPA, il entame les démarches pour une formation dans l’hôtellerie, ce jeune homme nous semble plein d’espoir.

Quand il arrive en rdv, son rituel est toujours le même : Il salue par un bonjour sincère, pas de poignée de main, il a toujours sa casquette rivée sur la tête, et au moment de s’asseoir, il l’enlève et me propose un large sourire. Je me souviens d’un rdv marquant pendant lequel un autre jeune avait forcé le passage de l’accueil, sans rdv, et était rentré violemment dans le bureau pour réclamer un emploi immédiatement (je connaissais bien Rachid et ses excès d’humeur). Sid Ahmed est resté impassible pendant cette courte scène, il a calmement attendu que la tempête passe, puis, quand Rachid s’est retiré, il m’a fait part de son avis sur le manque total de respect de l’autre, sur les valeurs qu’il défendait, il trouvait cela insupportable et inadmissible que ces jeunes se croient tout permis !

Sa personnalité est très sociable, il est d’ailleurs devenu au fil des semaines très apprécié de notre agent d’accueil, qui a également noté ses qualités professionnelles et relationnelles. « Pourquoi pas le prendre en stage » m’a t’elle dit à ce moment là. Et la réaction est unanime auprès de l’ensemble de ses interlocuteurs (j’assurais le lien avec les autres conseillers et psycho AFPA). Sid Ahmed, tout le monde le trouve super, tellement agréable, j’oserai dire un séducteur…

15 décembre 1999. L’effroi…… En prenant le journal local, je découvre en 1ère page la photo, et l’avis de recherche pour meurtre à plusieurs reprises, il s’agit de Sid Ahmed REZALA, surnommé le tueur des trains !

Je reste stupéfait, effrayé, horrifié, les qualificatifs sont difficiles à trouver, tant le choc est brutal. Vous remarquerez que c’est la seule histoire dans laquelle je révèle l’identité complète de la personne. Par souci de précision, et au regard de l’abomination de ses crimes, j’ai choisi d’être le plus précis possible dans mon récit.

Car à compter de cet instant, une atmosphère pesante s’est installée au sein de l’antenne. Nous étions 4 intervenants sur ce site d’accueil, moi même, et 3 jeunes femmes : La psychologue, la chargée d’accueil, et une conseillère Pôle Emploi. L’ouverture du matin et la fermeture du soir se faisait souvent seule par l’un de nous 4. Les récits des journalistes, les découvertes macabres, et la traque interminable de Rezala a fait germé une véritable psychose dans l’équipe. Les filles ont peur, et je les comprends. Jusqu’où peut aller un tel personnage, il s’en prend aux jeunes femmes qu’il connaît…

Après 1 mois d’angoisse terrible dans notre équipe, Rezala est arrêté le 11 janvier 2000 par la police française et portugaise alors qu'il s'apprêtait à se rendre à Madrid pour s'envoler vers les îles Canaries, billet en poche. Il se suicidera en prison quelques mois plus tard, le 28 juin 2000, échappant ainsi à une condamnation par la justice.

« Souvent je ne sais plus ce qui m'arrive. J'ai l'impression d'être dans une voiture qui roule à 200 à l'heure et que la personne à côté de moi veut me pousser dehors. Alors c'est elle ou moi. » Sid Ahmed Rezala, propos recueillis par Aziz Zemouri, journaliste du Figaro Magazine, durant la captivité de Rezala au Portugal.

J’ai croisé la route d’un tueur en série.

 

Prise de recul

La mémoire est directement liée à l’émotion. Et dans cette expérience, l’émotion est à son comble. Je me souviens en détail de tous mes entretiens avec Rezala. Et du sentiment d’effroi qui m’a traversé en découvrant les journaux.

Mais le plus déstabilisant dans cette histoire, c’est que je n’ai rien perçu lors de nos entretiens, au contraire, j’aurai pu faire confiance à cette personne…

La grande leçon que j’ai tiré de ma rencontre avec Rezala est de ne jamais faire de suppositions, de garder un jugement le plus neutre
possible des personnes que j’accompagne. Tout ce que j’avais cru comprendre du personnage (ce qu’il m’avait montré), était en réalité un leurre. Je sais bien qu’il s’agissait d’un psychopathe violant et déséquilibré. Mais à aucun moment je n’ai vu cet aspect… Et ça, ça fait froid dans le dos.

Après cette expérience, j’ai pris beaucoup de distance « affective » avec mes suivis. On ne connaît pas les gens.

Je crois que l’amour est plus fort que tout. J’ai travaillé auprès de personnes très dures, en milieu carcéral notamment, parfois même des meurtriers, et durant toutes ces années, quelque soit l’interlocuteur, mes valeurs refuges pendant mes coaching restent29657014_s toujours l'amour, le respect et la bienveillance. Mais pour la 1ère fois (et ce fût la seule), j’avais en face de moi un ambassadeur du contraire : La barbarie gratuite, une force perverse du mal avec qui mes croyances ressources n’ont plus de prise, n’ont plus de sens…

Je me rassure en me disant que c’était un déséquilibré, mais il était tellement crédible. Et au fond, voilà pourquoi cette histoire est si terrifiante.

 

Alexis.

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